POITIERS 80 – LIMOGES 88

 Poitiers 80, Limoges 88 — Enorme déception

Connaissez-vous le hype ? Le tintamarre publicitaire, le battage médiatique, le marketing viral de nos jours… Une rencontre Poitiers-Limoges, c’est plus et autre chose qu’un match de basket. C’est un derby qui oppose non seulement des équipes, mais aussi des villes voisines dont chacune véhicule son image … d’Epinal. Alors que la seule et unique vérité, c’est celle du terrain, et qu’en l’occurrence, il s’agit d’adversaires qui l’un comme l’autre alternent le meilleur et le pire et n’arrivent que rarement à tenir un résultat. Il s’agit de bêtes blessées qui pansent leurs plaies tout en tâchant de se relancer, d’où le tardif recrutement d’un côté de Teddy Gipson, et de l’autre côté de Dominic James. Compte tenu de leurs effectifs respectifs, les deux voisins pouvaient prétendre à un maintien tranquille, mais depuis trois ans Poitiers frôle la relégation, alors que Limoges fait l’ascenseur entre le Pro A et le Pro B. Et à l’heure il est, ils ont tous les deux besoin de victoires ; tout le reste, j’en reste persuadé, c’est du hype.

Place par conséquent au jeu! Et dans un premier temps, il n’y avait, hélas!, qu’une seule équipe sur le terrain; bien huilée, avec dix bons joueurs quasiment interchangeables, la mécanique limogeaude  déroulait, alors que les joueurs poitevins, eux, cherchaient leurs marques. Le pivot Brockman marquait comme à l’entraînement les six premiers points des visiteurs qui régnaient alors en maître (2-6). Très maladroit, les artilleurs poitevins semblaient gaspiller leurs munitions, si bien que suite à un panier primé de Gipson, c’était la punition (4-15). Un peu en désespoir de cause, Lamine Kanté commençait à peser sur le jeu en provoquant des fautes et en faisant preuve d’exactitude sur la ligne de réparation (8-15). Impeccable de tout point de vue – alors que le bateau tanguait – Tony Dobbins assurait de la même manière (10-17). Petit à petit, les hôtes rentraient dans la partie; lorsque Brockman écopait d’une deuxième faute, il devait regagner le banc. Malgré un panier dans les dernières secondes de l’impeccable Bougnu-Col, le PB était loin d’être distancé de manière définitive (13-20).

Dès le début du deuxième quart temps, c’est tout simple: Derrière la ligne de trois points, Lamine Kanté a eu la main extrêmement chaude; en réussissant trois fois de suite avec une aisance presque insolente, il a permis au PB de faire la course en tête pour la première fois de la partie (25-24), et c’est dans son sillage que Grant, James et Nivins ont marqué, sans que Limoges ait su esquisser la moindre réponse (32-24), et Guillard n’était pas en reste (35-26). Or l’adversaire n’a pas pour autant baissé pavillon, et le PB n’a pas su fructifier son avantage; ayant dominé outrancièrement le deuxième quart temps, il a regagne les vestiaires avec un petit capital de 6 points (40-34).

Lors du troisième quart temps, Dominic James a montré toute l’étendue de son répertoire: des « flotteurs » à mi-distance, un tir primé à la limite des 24 secondes, un geste de recul (une feinte) alors qu’il finissait l’action en déposant le ballon avec une facilité aussi déconcertante, dans un autre registre, que celle de Lamine. Cela dit, le score n’évoluait plus guère; si le PB n’a jamais su mener de plus de neuf points (45-36), Limoges n’a pas pour autant rattrapé son retard (53-51, 59-57). A l’entrée dans le money time, rien n’avait bougé (63-58).

Le PB allait-il savoir vaincre le signe indien aux Arènes? Dans un premier temps, les deux derniers tirs primés de Lamine masquaient à peine (67-58, 70-63) une certaine indigence offensive globale; quant au jeu intérieur, grâce en majeure partie à Brockman mais aussi à Plaisted, Limoges prenait et gardait l’ascendant; pendant les 45 minutes de la partie, ils ont enregistré 45 points dans la raquette, alors que Poitiers n’en a marqué que 18! A 5 minutes de la fin, une action à 3 points de Brockman fit renaître l’espoir (70-67) chez les supporters de Limoges qui haussaient de plus en plus le ton, et un tir bonifié de James à 4 minutes de la fin (73-68) ne fit que retarder l’échéance fatale. Et pourtant! Suite à une interception et un panier de Dobbins à 2 minutes de la fin (75-70), on pouvait imaginer que les Poitevins tenaient, enfin, le bon bout. Erreur! La défense adverse ayant resserré les boulons, à 77 secondes de la fin du temps réglementaire le tir désespéré de James ne tuait pas le match; un panier rapide rapprocha les visiteurs (75-72), et puis à 25 secondes du dernier coup de sifflet, les Limogeauds égalisèrent pour la première fois depuis le deuxième quart temps. On croyait revivre la fin du match perdu in extremis contre Paris-Levallois; pour quelle raison Poitiers n’a-t-il pas fait faute? Et puis, à l’image de la fin du match perdu également in extremis contre Boulazac, le PB a eu la balle de match, n’est pas parvenu à marquer, et a sombré corps et âme dans des prolongations à sens unique (80-88). Encore une fois, l’équipe hôte n’a pas su tenir un (bon) résultat. Encore une fois, le PB a été à court de solutions dans les moments décisifs. Encore une fois, Poitiers a perdu — et cette fois-ci, il s’agit peut-être de la défaite de trop; je ne sais plus de quelle manière la bête blessée déjà mentionnée va réussir à éviter une descente en Pro B qui semble de plus en plus inéluctable. C’est triste à dire, mais la défaite contre Limoges ne tenait en rien du hold up, et pendant les supporters de Limoges exultaient bruyamment, ceux de Poitiers n’avait plus que guère les yeux pour pleurer encore une fois.