GRAVELINES 73 – POITIERS 60

Gravelines 73, Poitiers 60 – Si près et tellement loin

Une équipe qui vient de perdre un match à domicile contre son adversaire le plus mal classé du championnat est-elle capable de remporter un match à l’extérieur contre un prétendant au titre ? Est-ce seulement imaginable ? Fort heureusement, un sportif de haut ne raisonne pas de cette manière ; d’une part, il ne s’appesantit pas – comme le font si souvent les commentateurs – sur les occasions manquées ces derniers temps ; d’autre part, il ne s’avoue pas vaincu d’avance. Il y a deux ans, j’ai parlé d’une « défaite honorable » (d’autres auraient pu épiloguer sur une « victoire morale ») du PB à Gravelines. Tenir la dragée haute à cette armada, c’était déjà une sorte d’exploit ! Or à l’heure qu’il est, il ne peut plus y avoir de consolation de ce type ; seul le résultat compte. A force de céder sur le fil à Limoges et contre Paris-Levallois, le PB se trouve au pied du mur, et à quoi bon l’emporter à Villeurbanne si dans la foulée, on ne parvient pas à « assurer » face à Boulazac ? Plus que jamais, il s’agit de se mettre contre vents et marées en position de se maintenir. Et tant pis si les adversaires du soir s’appellent Yannick Bokolo, Dwight Buycks, Ludovic Vaty, JK Edwards, Juby Johnson, Cyril Akpomedah… Il n’est pas interdit, que je sache, de rêver.

Le début du match était haché, on parlait sur France Bleu de « guerre de tranchées ». Anthony Dobbins, qui défendait contre Buycks, a tout de même ouvert le score (2-0), sur contre-attaque, mais Vaty a réussi une pénétration (2-2). Des minutes s’écoulaient, et le prochain panier (de Buycks) n’eut lieu qu’au milieu du premier quart temps (2-5). Bokolo marqua (2-7), le « floater » de Dominic James dérapa ; le PB n’ayant rien conclu à l’attaque depuis 4 minutes, Ruddy Nelhomme fit appel à son banc, et ce fut Lamine Kanté qui débloqua le compteur (5-7). Edwards réussissant une action à 3 points (5-10), les Poitevins marquaient tout de même le pas, et un panier de Mbaye n’arrangeait pas leurs affaires (5-12). Lamine a pourtant fait preuve d’adresse (8-12), mais les hôtes eurent le dernier mot, et après 10 minutes de jeu, les visiteurs étaient déjà menés de 8 points (8-16).


Au début du deuxième quart temps, les commentateurs de France Bleu ne comprenaient pas pourquoi le corps arbitral avait sifflé une faute antisportive contre Guillard, qui a par ailleurs été blessé et n’a joué que pendant 7 minutes, ce qui a donné au jeune et longiligne Moustapha Fall l’occasion de briller de mille feux… Mais en attendant, un tir primé de Mbaye, qui a tenu la baraque alors que ses coéquipiers plus renommées battaient de l’aile, a porté l’avantage des Nordistes à 10 points (10-20). Antonio Grant a alors sonné le réveil avec un tir bonifié (13-20), et suite à un panier de Camara, excellente doublure d’un Vaty qui connaissait un jour « sans », Ahmad Nivins a claqué un dunk (15-22). Un peu plus tard, Fall a « enroulé » Vaty, marqué un panier, provoqué une faute, et mis son lancer franc de bonus (22-26). Dans l’action suivante Vaty a marché, et Fall, toujours lui, a récidivé (24-26). Et enfin, suite à deux rebonds de haute volée de Fall, Nivins a marqué « avec la planche » (26-26). Anthony Smith et Tony Dobbins ont également mis leurs lancers francs (28-26, 30-28), et de manière officieuse, le PB avait « doublé » Gravelines en termes d’évaluation collective (36 à 18 !). Mais Camara était toujours présent, et les hôtes ont tout de même récupéré in extremis l’avantage comptable (30-33).

Les joueurs de Gravelines avaient sans doute fini par comprendre que la réception de Poitiers ne serait pas une partie de plaisir. Ayant resserré les boulons, ils n’étaient pas étrangers au trop grand nombre de balles perdues par leurs adversaires ; qui plus est, Buycks commençait à pointer le bout de son nez (34-42). Mais Grant sonna encore une fois le réveil (36-42), et grâce également aux deux premiers paniers de Dominic James (40-42), le PB revint au contact. Le même James a par la suite bien servi Nivins (42-42), et le match était totalement relancé. « On se rend coup par coup », dixit l’un des commentateurs de France Bleu. Un « tir en reculant » (fadeaway) de Grant donna même l’avantage à l’avant-dernier de la poule (48-47), mais à ce moment-clé, alors que le momentum avait changé de camp, que le PB n’a pas su enfoncer un tant soit peu le clou ; Juby a marqué ses seuls points du match (48-50), et suite à l’égalisation sur lancers francs de James (50-50), qui a eu le dernier mot du troisième quart temps, sinon Gravelines (50-52), alors que côté évaluation collective, Poitiers « dominait » toujours tout aussi outrancièrement (58 à 39) ?

Et la période décisive ? Grâce à un dunk de Kanté, le PB reprenait l’avantage (53-52). Et puis, dans le tournant du match, Ahmad a échoué là où Lamine avait réussi, Mbaye a haussé le ton sur contre-attaque, et Gravelines a fini par faire cavalier seul (53-62). Cette équipe aguerrie a su hausser le ton dans le money time, et malgré un arbitrage qui prêtait encore une fois à discussion, les commentateurs de France Bleu ont fait preuve de sportivité en reconnaissant l’efficacité du rouleau compresseur gravelinois. Tony Dobbins avait beau réduire la marque à 4 minutes de la fin (56-62) ; la fin du match n’était autre chose, côté pictave, qu’un trop long calvaire, et l’écart final de 13 points ne reflète guère la physionomie d’un match dans lequel les « champions » n’étaient pas seulement accrochés, mais poussé dans leurs derniers retranchements. Ce qui n’est pas, le lecteur en conviendra, de si mauvais augure.